Dans le 16e arrondissement de Paris, la rue Mallet-Stevens se découvre au détour d’une promenade dans le quartier d’Auteuil. Cette courte impasse, bordée de cinq hôtels particuliers, forme un ensemble résidentiel conçu par un seul architecte.
Inaugurée en 1927, elle donne à voir les ambitions de Robert Mallet-Stevens et les formes nouvelles de l’entre-deux-guerres. Pour apprécier le lieu, il faut observer autant l’organisation de la rue que les détails de ses façades.
À retenir : la rue Mallet-Stevens en quelques repères
- Une impasse d’Auteuil conçue comme un ensemble architectural cohérent
- Cinq hôtels particuliers aux volumes modernes et aux façades singulières
- Un projet inauguré en 1927, marqué par l’architecture Art déco
- Une visite extérieure à concilier avec le respect des résidents
Rue Mallet-Stevens à Paris : histoire d’un projet urbain
Après ces repères, l’histoire du lieu révèle comment une parcelle privée est devenue un manifeste d’architecture résidentielle. En 1924, un banquier confie à Robert Mallet-Stevens l’aménagement d’un terrain de 3 827 mètres carrés à Auteuil.
L’architecte imagine une voie en impasse d’environ 77 mètres, bordée de cinq maisons particulières. Selon Paris.fr, l’inauguration a lieu le 20 juillet 1927, alors que Mallet-Stevens a déjà gagné en visibilité grâce à ses réalisations pour l’Exposition internationale des arts décoratifs.
La rue répond à une logique d’ensemble plutôt qu’à une simple juxtaposition de propriétés. Les maisons diffèrent par leurs dimensions et leurs compositions, mais leurs lignes géométriques, leurs toits-terrasses et leurs larges ouvertures construisent une scène urbaine homogène.
Le projet devait se prolonger, mais la crise de 1929 met fin à l’idée d’une extension. Les bâtiments ont ensuite été surélevés dans les années 1950 et le mobilier urbain d’origine a disparu, sans effacer la cohérence générale de l’impasse.
Repères historiques du projet :
- 1924 : commande d’aménagement confiée à l’architecte
- 1927 : inauguration officielle de la rue à Auteuil
- 1929 : abandon du projet d’extension après la crise économique
- Années 1950 : surélévation des hôtels particuliers et évolution du site
Une architecture moderne faite de lignes et de volumes
Une fois la chronologie comprise, le regard peut se déplacer vers les façades, où la modernité s’exprime par des formes nettes et des contrastes mesurés. Mallet-Stevens compose avec des volumes cubistes, des porte-à-faux, des baies larges et des toits-terrasses.
Les enduits clairs mettent en valeur les serrureries sombres et les découpes des ouvertures. Selon Paris.fr, le maître d’œuvre s’est entouré de collaborateurs comme le maître verrier Louis Barillet, la designer Charlotte Perriand et le ferronnier Jean Prouvé.
Cette collaboration rappelle que l’architecture moderne ne se limite pas à la silhouette des bâtiments. Le verre, le métal et les éléments décoratifs participent à l’expérience de la rue, tandis que la variété des façades évite l’effet d’une répétition mécanique.
Éléments à observer depuis la voie :
- Les volumes cubistes et leurs décalages en façade
- Les fenêtres larges qui ouvrent les maisons sur la lumière
- Les toits-terrasses qui dessinent une ligne horizontale
- Les ferronneries noires contrastant avec les surfaces claires
Principes visibles dans la rue :
| Élément | Expression architecturale | Effet dans la rue |
|---|---|---|
| Volumes | Empilements et porte-à-faux | Silhouettes sculpturales et variées |
| Ouvertures | Larges baies et fenêtres horizontales | Façades ouvertes à la lumière |
| Toitures | Terrasses aux lignes plates | Profil urbain horizontal |
| Matériaux et détails | Enduits clairs, métal et verre | Contrastes entre surfaces et structures |
Les cinq hôtels particuliers et leur composition
La cohérence des façades prend tout son sens lorsqu’on observe les cinq maisons comme une composition commune. Selon Paris.fr, leurs proportions sont différentes, mais elles ont été pensées pour former un ensemble urbain continu, plutôt que cinq projets indépendants.
La rue est parfois décrite comme un manifeste de l’architecture Art déco et du modernisme parisien. Il est plus juste d’y voir une œuvre située à la rencontre de plusieurs recherches de l’entre-deux-guerres, où fonctionnalité, géométrie et mise en scène des volumes se répondent.
La comparaison avec d’autres réalisations du quartier aide à replacer l’ensemble dans le patrimoine parisien. Les maisons La Roche et Jeanneret de Le Corbusier, par exemple, explorent elles aussi de nouveaux parcours et des formes épurées, mais selon un programme architectural différent.
Comparaison de repères architecturaux :
| Lieu | Architecte | Caractéristique principale |
|---|---|---|
| Rue Mallet-Stevens | Robert Mallet-Stevens | Ensemble de cinq hôtels particuliers en impasse |
| Maisons La Roche et Jeanneret | Le Corbusier et Pierre Jeanneret | Deux maisons conçues comme un ensemble distinct |
| Hôtel Guimard | Hector Guimard | Maison-atelier aux formes de l’Art nouveau |
| Studio Building | Henri Sauvage | Immeuble d’habitations et d’ateliers d’artistes |
Ces rapprochements montrent que le 16e arrondissement est un terrain d’expérimentation architecturale, de l’Art nouveau aux villas modernistes. Ils permettent aussi de distinguer les choix propres à Mallet-Stevens, notamment son attention à la perception de la rue entière.
Préparer une visite architecturale à Auteuil
Après l’observation des bâtiments, la visite architecturale gagne à se faire lentement, depuis l’entrée de l’impasse vers son extrémité. La rue est accessible aux passants, mais les hôtels particuliers restent des propriétés privées : leurs intérieurs ne se visitent pas librement.
Un parcours attentif consiste à comparer les hauteurs, les fenêtres et les ferronneries, puis à revenir sur ses pas pour voir comment les façades composent l’espace. Ce simple changement de point de vue fait apparaître les décalages de volumes plus clairement qu’une photographie prise de face.
Conseils pour une visite respectueuse :
- Rester dans l’espace public et ne pas franchir les accès privés
- Éviter de photographier les habitants ou les espaces intérieurs
- Prendre le temps de regarder la rue depuis plusieurs angles
- Vérifier les conditions d’accès avant de suivre une visite guidée
Pour prolonger la promenade, le quartier permet de comparer plusieurs périodes de création sans réduire l’architecture à un seul style. Le contraste entre l’ornement de Guimard et les lignes sobres de Mallet-Stevens éclaire l’évolution de l’urbanisme résidentiel parisien.
La rue Mallet-Stevens conserve ainsi sa force par l’accord entre les maisons et l’espace qui les relie. Elle se visite moins comme une suite de monuments isolés que comme une œuvre urbaine à parcourir du regard.
Source : Paris.fr, « Balade architecturale dans le triangle d’or du 16e ».